Acumen Resilient Agriculture Fund : 90 millions de dollars pour une agriculture résiliente en Afrique
L'impact investor Acumen a annoncé une levée de fonds supplémentaire de 90 millions de dollars pour son Fonds pour une Agriculture Résiliente (ARAF), portant le total des engagements à 148 millions de dollars. Cette opération, officialisée en juillet 2026, permet au fonds d'élargir son périmètre géographique à l'Afrique du Nord, ouvrant ainsi la voie à des investissements au Maroc et en Égypte.
Une architecture de financement mixte au service de la résilience climatique
Lancé en 2020 sous le nom d'ARAF I, ce fonds est reconnu comme le premier véhicule d'investissement en actions au monde dédié exclusivement à la résilience climatique des petits exploitants agricoles africains. Le nouveau fonds, ARAF II, s'inscrit dans la continuité de cette mission avec une ambition élargie.
La levée de 90 millions de dollars s'ajoute aux 58 millions de dollars initialement réunis pour ARAF I, qui avait déjà investi dans une douzaine d'entreprises en Afrique de l'Est et de l'Ouest. L'objectif de levée total pour ARAF II est fixé à 120 millions de dollars, selon un document déposé auprès de l'autorité américaine des marchés financiers (SEC).
Les investisseurs qui composent ce consortium sont :
| Type d'investisseur | Noms |
|---|---|
| Investisseurs de retour | Green Climate Fund (GCF), FMO (Pays-Bas), Proparco (France) |
| Nouveaux investisseurs | Swedfund (Suède), BIO (Belgique), FASA, un family office non identifié |
Un mécanisme de protection particulier a été mis en place : le Green Climate Fund et FASA ont investi dans une tranche dite de "premières pertes". Ce dispositif leur fait supporter prioritairement une partie des pertes éventuelles, réduisant ainsi le risque pour les autres investisseurs et facilitant l'arrivée de capitaux privés dans un secteur jugé vulnérable.
Une stratégie d'investissement ciblée sur des solutions concrètes
Le fonds investit dans des entreprises à forte croissance qui développent des solutions agricoles "climate-smart". Les secteurs d'intervention sont variés et couvrent l'ensemble de la chaîne de valeur agricole :
- Accès au financement : crédit agricole, services financiers adaptés aux petits exploitants ;
- Équipements productifs : systèmes d'irrigation solaire, équipements de transformation ;
- Solutions commerciales : optimisation des chaînes d'approvisionnement, mise en relation avec les acheteurs ;
- Protéines abordables : production de protéines à prix accessible ;
- Gestion des déchets : valorisation des résidus agricoles.
Le premier fonds, ARAF I, a déjà investi entre 300 000 et 4 millions de dollars dans plus d'une douzaine de jeunes entreprises, dont la plateforme nigériane de crédit agricole Winich Farms et le fournisseur kényan de systèmes d'irrigation solaire SunCulture. Acumen affirme que ces investissements ont directement bénéficié à plus de trois millions d'agriculteurs, dont plus de 80 % ont déclaré une amélioration de leurs rendements et de leurs revenus.
Un élargissement stratégique vers l'Afrique du Nord
L'innovation majeure de cette deuxième édition réside dans l'élargissement du périmètre géographique à l'Afrique du Nord, et plus précisément au Maroc et à l'Égypte. Cette décision répond à des besoins criants dans ces pays, confrontés à la raréfaction de l'eau, à la hausse du coût des équipements et à la fragilité des revenus ruraux. Le fonds ambitionne désormais de toucher au moins quatre millions d'agriculteurs supplémentaires sur l'ensemble du continent.
Tamer El-Raghy, directeur du fonds, résume ainsi l'ambition : "La plus grande occasion offerte à l'Afrique est de parvenir à se nourrir elle-même. Cet enjeu dépasse la simple production de denrées et la sécurité alimentaire, il touche à la satisfaction des besoins fondamentaux de nos sociétés". De son côté, Carsten Stendevad, président et directeur des investissements d'Acumen, souligne que "ARAF a prouvé que la résilience est investissable, pas théorique".
Cette opération illustre une tendance de fond : la mobilisation croissante de capitaux mixtes (blended finance) pour financer l'adaptation au changement climatique en Afrique, un secteur historiquement sous-investi et dépendant des subventions.
