GLOBAL ORDER™ · Énergie & Ressources Le monde vu d'Afrique — MSM Africa Intelligence™
En février 2025, un seul pays a suffi à faire trembler l'industrie mondiale de la batterie. En suspendant ses exportations de cobalt, la République démocratique du Congo qui produit à elle seule entre 70 et 76 % du cobalt de la planète a rappelé au monde une évidence longtemps ignorée : sans l'Afrique, il n'y a pas de transition énergétique. Dix-huit mois plus tard, le prix du cobalt avait bondi de près de 167 %, passant d'environ 21 000 dollars la tonne à plus de 56 000. Kinshasa venait de transformer une rente subie en instrument de puissance.
Mais derrière ce coup de force se cache la question qui décidera de l'avenir économique du continent : détenir une ressource et en contrôler la valeur sont deux choses différentes. Et sur ce terrain, l'Afrique reste, pour l'essentiel, spectatrice de sa propre richesse.
Le fait : une domination géologique sans équivalent
La position congolaise sur le cobalt n'a pas d'équivalent dans l'économie des matières premières. Aucune autre nation ne domine un minerai stratégique à ce point. Cette concentration tient à la géologie du Copperbelt d'Afrique centrale, où le cobalt se loge dans les gisements de cuivre à des teneurs qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Particularité décisive : le cobalt n'est presque jamais extrait seul. Environ 94 % de la production mondiale sort du sol comme sous-produit du cuivre et du nickel ce qui lie son sort à l'économie de ces deux métaux.
Cette dépendance structurelle donne à la RDC une carte que peu de pays possèdent dans quelque secteur que ce soit. Quand la Banque mondiale rappelle que le pays détient l'essentiel des réserves et de la production mondiales, elle décrit moins une chance qu'un levier géopolitique.
Le tournant : de la rente subie à la stratégie assumée
Pendant des années, la RDC a subi les prix. Début 2025, le cobalt tombait sous les 10 dollars la livre son plus bas niveau depuis près d'une décennie miné par la surproduction. C'est de cette faiblesse qu'est née la stratégie. L'administration du président Félix Tshisekedi a compris qu'une offre aussi concentrée pouvait devenir une arme de marché.
L'embargo total de février 2025 a laissé place, en octobre, à un système de quotas administré par l'ARECOMS : environ 96 600 tonnes autorisées à l'export par an jusqu'en 2027, soit à peu près la moitié de la production de 2024. Le reste doit être stocké dans le pays. Le résultat fut immédiat : les prix se sont envolés, et selon plusieurs analyses de marché, la trajectoire de revenus de l'État est passée d'une base d'environ 617 millions de dollars à quelque 2,3 milliards. Le parallèle avec l'OPEP est tentant à une différence près, décisive : là où l'Arabie saoudite avait besoin d'un cartel, la RDC contrôle assez de cobalt pour agir seule.
