Le cacao africain part vers la Chine. Transformé mais pas par l'Afrique.
Marchés & Finance · Brève · 25 juillet 2026
Depuis le 1ᵉʳ mai 2026, la Chine a supprimé ses droits de douane de 8 à 22 % selon le degré de transformation sur le cacao ivoirien et ghanéen. Les deux pays, qui produisent à eux seuls plus de la moitié du cacao mondial, se tournent désormais vers l'est. L'Europe absorbe encore les deux tiers du cacao africain, mais un concurrent de 1,4 milliard de consommateurs vient de baisser sa barrière.
Le chiffre qui doit retenir l'attention n'est pas le volume. C'est la nature de ce que la Chine achète.
Les importations chinoises de cacao ont bondi de 88 % en une décennie, de 714 millions à 1,34 milliard de dollars. Mais l'essentiel de cette hausse porte sur le beurre et la poudre de cacao des produits transformés, pas sur la fève brute. Autrement dit : le marché qui s'ouvre récompense la transformation, précisément l'étape que la Côte d'Ivoire et le Ghana ne maîtrisent pas encore à grande échelle.
C'est le paradoxe que MSM documente d'un secteur à l'autre, du cobalt au kérosène : dominer la matière première ne garantit pas de capter la valeur. Une bonne partie du cacao ouest-africain transite d'ailleurs par la Malaisie, devenue plateforme de transformation asiatique pour les chocolatiers de la région.
Le contexte durcit l'enjeu. La récolte 2025-2026 a chuté de 12,9 %, à 4,368 millions de tonnes, minée par le virus du swollen shoot, le vieillissement des arbres et une météo instable la production ghanéenne a été divisée par deux. Face à cela, Abidjan et Accra ont signé en juin 2026 un pacte inédit de coordination des prix à partir de la campagne 2026-2027 : une tentative rare de deux producteurs africains de peser ensemble sur un marché qu'ils dominent.
L'ouverture chinoise est une opportunité réelle. Elle ne deviendra un gain que si l'Afrique de l'Ouest transforme sa fève avant de l'expédier sinon, elle aura simplement changé de client pour le même rôle : fournir la matière, laisser la valeur au bout de la chaîne.
Redaction MSM Africa Intelligence™.
