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# MALI : BAMAKO VEUT TRANSFORMER SON SOUS-SOL EN CAPITAL
- URL: https://www.msm-africa.com/mali-bamako-veut-transformer-son-sous-sol-en-capital/
- Published: 2026-08-09T15:00:00.000Z
- Updated: 2026-08-09T15:31:24.000Z
- Author: MSM Africa Intelligence
- Tags: AFRIQUE, Énergie&Ressources, Gouvernance

> Le pari est simple sur le papier : prendre davantage à la mine pour investir davantage dans l’économie. Le problème est que la production d’or, elle, ralentit.Pendant longtemps, le modèle malien a été remarquablement lisible :**le sous-sol produit de l’or ; l’or produit des devises ; les mines alimentent le budget.**

Le secteur minier représente environ **10 % du PIB, plus de 80 % des exportations et près de 25 % des recettes fiscales** du Mali. L’économie dépend donc beaucoup plus de son sous-sol que ne le suggère son poids apparent dans le PIB.

Bamako veut maintenant changer la dernière partie de l'équation.

Il ne s'agit plus seulement de **prélever une rente**.

Il s'agit de convertir cette rente en **capital public**.

C'est le pari économique du nouveau régime minier.

Et c'est aussi son principal test.

## LE NOUVEAU MODÈLE : CAPTURER → INVESTIR → PRODUIRE

Le Code minier de 2023 a profondément modifié le partage de la valeur.

L'État peut prendre **10 % gratuitement** dans les nouveaux projets et acquérir jusqu'à **20 % supplémentaires** au cours des deux premières années de production commerciale. Une participation supplémentaire de **5 %** peut revenir aux investisseurs privés maliens, portant les intérêts publics et privés nationaux potentiels à **35 %**.

Le gouvernement estimait lors de l'adoption du texte que la réforme pouvait générer **au moins 500 milliards de FCFA de recettes budgétaires supplémentaires par an**.

C'est beaucoup d'argent.

Mais le chiffre n'est pas encore une politique de développement.

**500 milliards encaissés ne valent pas 500 milliards investis.**

C'est précisément ici que le dossier malien devient intéressant.

## LA VRAIE QUESTION N’EST PLUS COMBIEN PREND L’ÉTAT

La première phase de la réforme était relativement simple :

**augmenter la part malienne dans la valeur minière.**

La seconde est beaucoup plus difficile :

**transformer cette valeur en actifs qui produisent eux-mêmes de la richesse.**

Une recette minière peut financer :

**une route ;**

**une ligne électrique ;**

**un réseau d'eau ;**

**un chemin de fer ;**

**une zone industrielle.**

Ces actifs peuvent ensuite réduire les coûts de transport, améliorer l'accès à l'énergie, faciliter l'agriculture et attirer de nouveaux investissements.

C'est le passage décisif :

> **de la rente extractive au capital productif.**

Si Bamako réussit ce passage, le secteur minier devient un financement de l'industrialisation.

S'il échoue, le pays aura simplement obtenu **une part plus importante d'une économie toujours extractive**.

# LE SIGNAL LE PLUS INTÉRESSANT EST HORS DE LA MINE

Le nouveau **cadastre minier**, présenté en avril 2026, peut sembler administratif.

Il est en réalité stratégique.

Le gouvernement reconnaît que l'ancien dispositif présentait des insuffisances concernant les titres, leur propriété, leur localisation, leur superficie et leur durée. Le nouveau système vise précisément à améliorer cette transparence.

Pourquoi est-ce important ?

Parce qu'une souveraineté minière moderne ne commence pas dans la mine.

Elle commence dans la **base de données**.

Pour prélever correctement, l'État doit savoir :

**qui détient le permis ;**

**où se trouve le gisement ;**

**quelle est sa superficie ;**

**quel contrat s'applique ;**

**combien est produit ;**

**combien doit être payé ;**

**combien est effectivement encaissé.**

Le cadastre devient donc une sorte de **registre foncier du capital minier**.

Et, indirectement, une infrastructure fiscale.

# BAMAKO A DÉJÀ TESTÉ SA CAPACITÉ À EXTRAIRE DAVANTAGE DE RENTE

La réforme n'est d'ailleurs pas restée théorique.

Le FMI indique que les autorités ont obtenu des **paiements miniers exceptionnels** : environ **185 milliards de FCFA en 2024**, tandis que 225 milliards supplémentaires étaient attendus en 2025 dans le cadre des négociations avec les compagnies minières.

Ces montants sont importants pour une raison précise.

Ils montrent que Bamako a déjà découvert une nouvelle source de financement :

**le stock de valeur insuffisamment capté dans les anciens contrats et obligations fiscales.**

Mais cette méthode ne peut pas devenir le modèle permanent.

Les paiements exceptionnels sont, par définition, exceptionnels.

À long terme, le Mali doit obtenir davantage de revenus **sans dépendre de renégociations permanentes avec les opérateurs**.

C'est là que le nouveau Code minier doit faire ses preuves.

# LE PARADOXE : PLUS DE CAPTATION, MOINS DE PRODUCTION

C'est ici que le récit devient beaucoup moins confortable.

Le Mali veut augmenter la part de l'État.

Mais la production industrielle d'or s'est fortement contractée.

Elle était de **66,5 tonnes en 2023**.

Elle est tombée à **42,2 tonnes en 2025**.

Le plan stratégique du ministère prévoit environ **43,2 tonnes en 2026**, avant une remontée à 57 tonnes en 2028 puis un recul à 50 tonnes en 2029.

Le message est difficile à ignorer.

**La rente par tonne augmente.** 
**Le nombre de tonnes, lui, diminue.**

Ce n'est pas nécessairement un échec du nouveau Code.

Mais c'est un risque majeur.

Le FMI souligne lui-même que l'augmentation de la participation de l'État peut soutenir les recettes publiques tout en créant des risques de gouvernance et en poussant certaines entreprises à réduire leurs investissements si les rendements attendus deviennent moins attractifs.

Le Mali doit donc éviter un piège classique :

> **augmenter tellement la captation de la rente que la base productive qui génère cette rente commence à se contracter.**

# L’ÉQUATION DE BAMAKO

Le problème peut être résumé en une seule équation :

**part de l'État × production minière × prix de l'or = rente publique.**

Bamako agit aujourd'hui principalement sur le premier facteur.

Mais les deux autres restent déterminants.

Un État peut posséder 35 % d'un projet très rentable.

Il peut aussi posséder 35 % d'un projet dont la production décline, dont les coûts augmentent ou dont les investissements sont reportés.

La souveraineté minière n'est donc pas seulement une question de propriété.

C'est une question de **rendement du capital**.

# L’OR N’EST PLUS LE SEUL ENJEU

Cette stratégie prend une autre dimension avec le lithium.

Le Mali est désormais engagé dans une diversification de son portefeuille minier, notamment avec **Goulamina**, entré en production fin 2024 selon le FMI, tandis qu'un second projet de lithium devait également entrer en activité.

Le changement potentiel est majeur.

L'or est une rente.

Le lithium est potentiellement une **position dans une chaîne industrielle mondiale**.

Mais là encore, tout dépend de ce que le Mali fait de la ressource.

Exporter du concentré crée une recette.

Développer autour du minerai :

**énergie → chimie → transformation → logistique → compétences**

crée une économie.

La question malienne devient donc progressivement :

> **Peut-on passer d'un pays qui extrait des minerais à un pays qui organise autour de ses minerais une capacité productive ?**

# LE RISQUE QUE PERSONNE NE PEUT IGNORER

Il existe enfin une contrainte qui domine toutes les autres :

**la sécurité.**

Les mines industrielles maliennes se trouvent dans un environnement où les risques sécuritaires peuvent affecter les travailleurs, les routes, les convois, les investissements et les coûts opérationnels.

Reuters souligne que les compagnies internationales restent présentes en raison de l'attractivité des ressources, mais que les attaques et l'incertitude politique augmentent les risques commerciaux.

Cela signifie que la souveraineté minière ne peut être dissociée de la souveraineté logistique.

**Un gisement sans route n'est pas un actif pleinement exploitable.**

**Une mine sans énergie fiable coûte plus cher.**

**Une production sans corridor sécurisé est une production vulnérable.**

C'est pourquoi l'idée d'utiliser la rente minière pour financer les infrastructures est économiquement cohérente.

Mais elle crée une boucle :

**les mines doivent financer les infrastructures ;** 
**les infrastructures doivent sécuriser et rendre les mines plus productives.**

# LE VRAI PROJET DE BAMAKO

Le nouveau modèle malien peut finalement être résumé en quatre étages :

### 01 — SOUS-SOL

Or, lithium et autres minerais.

### 02 — CAPTATION

Participation publique, fiscalité, dividendes, contrôle des titres.

### 03 — CAPITAL

Transformation des recettes en infrastructures.

### 04 — PRODUCTIVITÉ

Énergie, transport, eau, industrie, agriculture et nouveaux investissements.

C'est seulement lorsque le quatrième étage fonctionne que la réforme minière devient réellement une politique de développement.

Sinon, la chaîne s'arrête au deuxième.

# MSM INTELLIGENCE

Le Mali ne mène pas simplement une bataille pour obtenir **35 % d'une mine**.

Il tente de redéfinir **le rôle économique de son sous-sol**.

C'est beaucoup plus ambitieux.

La réforme cherche à déplacer le minerai :

**du bilan des compagnies**

vers

**le bilan de l'État**

puis, idéalement,

**du bilan de l'État vers l'économie productive.**

C'est cette troisième étape qui reste à démontrer.

Le chiffre de **500 milliards de FCFA** est donc moins intéressant comme montant que comme **test de conversion du capital**. Le gouvernement a annoncé un potentiel de recettes supplémentaires ; il doit désormais montrer quelle part peut devenir infrastructure, quelle infrastructure sera financée, avec quel rendement et selon quel calendrier.

Et le contre-signal est déjà visible :

**les recettes minières peuvent augmenter pendant que la production d'or diminue.**

C'est pourquoi le véritable indicateur à suivre n'est ni le montant des prélèvements ni le nombre de participations publiques.

C'est le rapport entre :

> **rente minière captée → capital investi → capacité productive créée.**

Si ce ratio s'améliore, Bamako aura commencé à convertir son sous-sol en capital souverain.

S'il ne s'améliore pas, le nouveau Code aura surtout changé **qui prélève la rente**, pas **ce que la rente produit**.

**C'est là que se joue le véritable pari minier du Mali.**

**MSM | Intelligence — Mines, Capital & Géoéconomie**