RDC | 65 organisations de la société civile s’opposent au référendum constitutionnel de Tshisekedi
PAR LA REDACTION MSM INTELLIGENCE
GOUVERNANCE | DEMONCRATIE | POLITIQUE — RDC
Date : 15 août 2026
En République démocratique du Congo, le projet de référendum voulu par le pouvoir de Félix Tshisekedi entre dans une phase de confrontation politique plus ouverte. Soixante-cinq organisations de la société civile congolaise ont demandé au président de la République de renoncer au processus et de ne pas promulguer la loi fixant les conditions d’organisation d’un référendum.
Dans un mémorandum daté du 10 août 2026, les organisations signataires parmi lesquelles figurent notamment LUCHA-RDC, Filimbi, Civil Bridge et Génération Z RDC estiment que le contexte sécuritaire, social et économique du pays ne justifie pas l’ouverture d’un tel processus. Elles appellent également à privilégier un dialogue national inclusif.
Un mouvement qui intervient à un moment décisif
Le mémorandum intervient alors que le cadre juridique du référendum a déjà franchi plusieurs étapes institutionnelles.
La proposition de loi relative à l’organisation des référendums avait été adoptée par le Parlement avant d’être soumise au contrôle de la Cour constitutionnelle. Le 28 juillet, celle-ci l’a déclarée conforme à la Constitution, ouvrant la voie à sa promulgation.
Mais le processus a pris une nouvelle tournure le 10 août : Félix Tshisekedi a demandé aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat une nouvelle délibération de la loi, en invoquant l’article 137 de la Constitution. L’Assemblée nationale a confirmé cette démarche le 13 août. La nouvelle délibération doit être inscrite au calendrier de la session parlementaire de septembre.
Ce renvoi ne signifie donc pas l’abandon du référendum. Il constitue plutôt une nouvelle étape institutionnelle dans un processus désormais fortement politisé.
La Constitution au cœur de la bataille politique
Officiellement, la loi adoptée vise à établir le cadre juridique permettant l’organisation d’un référendum en RDC. Mais son adoption intervient dans un contexte où Félix Tshisekedi défend depuis plusieurs mois l’idée d'une réforme de la Constitution de 2006, qu’il considère comme inadaptée à certaines réalités du pays.
C’est précisément ce contexte qui nourrit les inquiétudes de l’opposition et d’une partie de la société civile.
Le principal point de tension concerne les dispositions constitutionnelles relatives à la limitation du nombre de mandats présidentiels. Les opposants au projet considèrent qu'une modification de la Constitution pourrait permettre à Félix Tshisekedi de briguer un nouveau mandat en 2028. Le pouvoir, de son côté, présente le chantier comme une réforme institutionnelle plus large.
Il convient toutefois de distinguer le fait établi de l’hypothèse politique : le référendum n’équivaut pas, à ce stade, à une décision de modifier la limitation des mandats. C’est précisément l’évolution du contenu de la réforme constitutionnelle qui devra être surveillée.
Le facteur 2028
Le calendrier électoral donne à cette bataille une portée particulière.
La prochaine présidentielle congolaise est prévue dans le cycle électoral 2025-2029, mais la CENI fait déjà face à des difficultés liées au financement, à l’insécurité et à la préparation matérielle du processus. Ces contraintes alimentent les interrogations sur la capacité du pays à respecter le calendrier de 2028.
Le référendum vient donc se superposer à un autre enjeu stratégique : la préparation de l’après-2028.
Pour l’opposition, la crainte est qu’une réforme constitutionnelle intervienne avant la prochaine présidentielle et modifie les règles du jeu. Pour le pouvoir, l’enjeu officiellement présenté est celui d’une adaptation du cadre constitutionnel aux réalités congolaises.
Cette divergence d’interprétation transforme progressivement la question juridique du référendum en bataille politique sur l’architecture du pouvoir en RDC.
Une contestation qui commence à s’organiser
Le mémorandum du 10 août est particulièrement intéressant par son ampleur.
Il ne s’agit plus seulement de déclarations isolées de quelques formations politiques. La mobilisation rassemble plusieurs organisations de la société civile autour d’une même demande : arrêter le processus référendaire et ouvrir un dialogue national.
La contestation pourrait désormais évoluer sur deux terrains : institutionnel, avec la nouvelle délibération parlementaire, et politique, avec la capacité de l’opposition et de la société civile à construire une mobilisation suffisamment large pour peser sur le processus.
La coalition d’opposition C64, qui conteste également la réforme constitutionnelle, avait d’ailleurs menacé d'organiser des manifestations si un dialogue national n’était pas engagé avant le 15 août. Le renvoi de la loi au Parlement constitue, pour certains opposants, un premier recul du pouvoir, sans pour autant régler le fond du conflit.
Ce que MSM surveille maintenant
1. La construction du cadre juridique du référendum.
La loi a été adoptée et déclarée conforme à la Constitution par la Cour constitutionnelle.
2. La contestation croissante de la société civile.
Soixante-cinq organisations demandent désormais explicitement l’abandon du processus.
3. Le repositionnement du pouvoir.
Tshisekedi a demandé une nouvelle délibération parlementaire, créant un délai supplémentaire et ouvrant une nouvelle séquence politique.
4. L’approche du cycle électoral de 2028.
La réforme constitutionnelle intervient alors que la préparation du prochain cycle électoral est déjà confrontée à des contraintes financières et sécuritaires.
Pris séparément, aucun de ces éléments ne permet de conclure à une modification prochaine de la Constitution ou à une candidature de Félix Tshisekedi pour un troisième mandat.
Pris ensemble, ils indiquent cependant que la Constitution est devenue l’un des principaux champs de confrontation politique en RDC avant 2028.
MSM Assessment — 15 août 2026 : ÉLEVÉ.
La situation n’est pas encore celle d’une crise institutionnelle ouverte. Elle correspond plutôt à une phase de montée en tension autour du cadre constitutionnel, avec un enjeu central : déterminer si le processus référendaire restera un simple mécanisme juridique ou deviendra le vecteur d’une reconfiguration politique majeure avant l’élection présidentielle de 2028.


